Et si c’était la mauvaise question ? Si on se demandait plutôt « Qui sommes-nous ? ».
Dans le débat de société qui anime fiévreusement nos tribunes en ce moment, on a envie de se positionner à droite ou à gauche.
À droite, pour appuyer la hausse des frais scolaires, la loi spéciale qui protège ceux qui veulent étudier et continuer à vivre leur vie paisiblement sans être importuné par les manifestations, la juste part, les entreprises, le respect des lois et les injonctions, et bien sûr, le respect des décisions prises par les élus.
À gauche pour le gel des frais, pour dénoncer les abus contenus dans la loi spéciale, pour le respect du droit à l’expression dans son intégralité, pour protéger les acquis, pour promouvoir des valeurs sociales chéries, pour protéger les plus vulnérables.
Je l’admets, si nous étions en 1997, que j’étais étudiante et que nous vivions la même crise, je n’aurais pas voté pour la grève et pourtant j’ai appuyé le mouvement étudiant. Je n’aurais pas voté pour la grève car à cette époque, tout ce que je voulais, c’était de finir mon droit et de me trouver un travail. Je n’aurais pas mis le bien-être collectif des étudiants moins nantis ou l’importance de promouvoir l’éducation à mini prix avant mes propres besoins, comme l’ont fait des milliers de jeunes cette année. À l’époque, j’étais contre la hausse, mais jamais je n’aurais boycotté mes cours.
C’est peut-être une minorité de jeunes qui manifestent aujourd’hui mais il faut admettre que ça prend du courage pour faire ça, non ? Donc, tout ce mouvement a commencé par une minorité bruyante et curieusement bien mobilisée. Maintenant, ce n’est pas seulement ça. Il y a cette fébrilité dans l’air et dans nos discussions. Bref, il se passe quelque chose au Québec en ce moment ! Non ? Les gens se réveillent et s’intéressent à ce qui se passe autour d’eux, à leur société.
Et c’est là que j’ai envie qu’on se pose la question « Qui sommes-nous ? » Fuck le 99% ou le 1%, on ne se définit pas par notre compte en banque. Droitiste ou gauchiste ? Come on ! La politique a évolué aujourd’hui. Nous n’avons plus le choix entre capitalisme et communisme ou démocratie et monarchie. La démocratie, le capitalisme, ça se redéfinit avec le temps.
Regardez bien ces centaines de milliers de gens qui ont défilé le 22 avril et le 22 mai dernier, ainsi que ces milliers qui ont défilé avec des casseroles dans la rue pendant des jours. Regardez ces visages souriants, épanouis. Des gens propres, bien habillés, qui ont des enfants, qui payent des impôts.
C’est un peu comme si ces gens-là disaient à l’autorité en place : « Attends une minute. Je t’ai confié parfois jusqu’à 48% de mon argent et toi t’as fait quoi avec ? Si t’avais investi dans quelques pommes pourries, j’aurais compris, il arrive qu’on se trompe. Mais c’est bien plus que ça. Tu as trop investi dans des choses qui ne servent pas l’humain. Bref, tu as abusé de moi, et c’est maintenant que ça s’arrête. »
On n’a pas à être de gauche ou de droite pour penser comme ça. Il n’y a personne qui soit pour la corruption comme les gens de gauche pensent des gens de droite et personne qui soit pour la faillite, comme pensent les gens de droite des gens de gauche. Entre corruption et faillite, il y a nous, il y a maintenant. C’est le moment de déterminer qui nous sommes au cœur de cette agitation et quel rôle nous voulons jouer pour stimuler notre économie tout en préservant les valeurs fondamentales des êtres humains que nous sommes avant tout.
Refuser l’inacceptable, comme c’est le choix de milliers de gens maintenant, c’est douloureux sur le coup. Ça dérange, ça réveille de vieilles chicanes, des positions démagogues, émotives et irrationnelles, mais ça ouvre aussi la porte à de meilleurs scénarios, j’en suis certaine. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ça se passe aussi comme ça dans toute nos relations.
Une fois que le ménage est fait, qu’on a dit ce qu’on avait à dire, qu’on s’est respecté, qu’on a fait de notre mieux, …. On est bien, hein ? Chaque fois que je dis ça à ma fille de deux ans, elle me répond. « On est bien ensemble. » Et c’est ce que je nous souhaite à tous.